« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le
maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir.
De là le droit du plus fort; droit pris ironiquement en apparence, et
réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce
mot? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle
moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de
nécessité, non de volonté; c’est tout au plus un acte de prudence. En
quel sens pourra-ce être un devoir? Supposons un moment ce prétendu
droit. Je dis qu’il n’en résulte qu’un galimatias
inexplicable.
Car sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la
cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit.
Sitôt
qu’on peut désobéir impunément on le peut légitimement, et puisque le
plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on
soit le plus fort. Or qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force
cesse? S’il faut obéir par force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir,
et si l’on n’est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. On voit
donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force; il ne signifie ici
rien du tout.
Obéissez aux puissances. Si cela veut dire :
cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu, je réponds qu’il
se sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je I’avoue; mais
toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler
le médecin? Qu’un brigand me surprenne au coin d’un bois : non
seulement il faut par force donner la bourse, mais quand je pourrais la
soustraire suis-je en conscience obligé de la donner? Car enfin le
pistolet qu’il tient est aussi une puissance.
Convenons donc
que force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux
puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours »
Rousseau. Le Contrat Social. Livre I. §III
Tuesday, 7 April 2015
Max Weber : l'Etat est défini par la violence légitime
"S’il n’existait que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle, au sens propre du terme, l’ « anarchie »(1). La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’État - cela ne fait aucun doute -, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers - à commencer par la parentèle(2) - ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé- la notion de territoire étant une de ses caractéristiques -, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime"
(1) au sens “propre” ou étymologique : où il n’y a pas de pouvoir.
(2) Famille au sens élargie, ensemble des parents.
Max Weber, Le Savant et le politique ( 1919), trad. J. Freund, E. Fleischmann et É. de Dampierre, Éd. Plon, coll. 10/18, p. 124.
Hobbes : le contrat social est un contrat de soumission
La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes,
eux qui par nature aiment la liberté‚ et l'empire exercé‚ sur autrui,
lorsqu'ils se sont imposé‚ des restrictions au sein desquelles on les
voit vivre dans les Républiques, c'est le souci de pourvoir à leur
propre préservation et de vivre plus heureusement par ce moyen:
autrement dit, de s'arracher à ce misérable état de guerre qui est, je
l'ai montré, la conséquence nécessaire des passions naturelles des
hommes, quand il n'existe pas de pouvoir visible pour les tenir en
respect, et de les lier, par la crainte des châtiments, tant à
l'exécution de leurs conventions qu'à l'observation des lois de nature.
La seule façon d'ériger un tel pouvoir commun, apte à défendre les gens de l'attaque des étrangers, et des torts qu'ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi à les protéger de telle sorte que par leur industrie et par les productions de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, c'est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme, ou à une
seule assemblée qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité‚ en une seule volonté‚. Cela revient à dire: désigner un homme, ou une assemblé‚ pour assumer leur personnalité‚ et que chacun s'avoue et se reconnaisse comme l'auteur de tout ce qu'aura fait ou fait faire, quant aux choses qui concernent la paix et la sécurité‚ commune, celui qui a ainsi assumé‚ leur personnalité, que chacun par conséquent soumette sa volonté‚ et son jugement à la volonté‚ et au jugement de cet homme ou de cette assemblée. Cela va plus loin que le consensus, ou concorde: il s'agit d'une unité réelle de tous en une seule et même personne, unité réalisée par une convention de chacun avec chacun passe de telle sorte que c'est comme si chacun disait à chacun: j'autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la même manière. Cela fait, ta multitude ainsi unie en une seule personne est appelée une REPUBLIQUE, en latin CIVITAS. Telle est la génération de ce grand LEVIATHAN, ou plutôt pour en parler avec plus de révérence, de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection.
T. Hobbe, Léviathan, Philosophie politique, Ed. Sirey, 1971.
La seule façon d'ériger un tel pouvoir commun, apte à défendre les gens de l'attaque des étrangers, et des torts qu'ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi à les protéger de telle sorte que par leur industrie et par les productions de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, c'est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme, ou à une
seule assemblée qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité‚ en une seule volonté‚. Cela revient à dire: désigner un homme, ou une assemblé‚ pour assumer leur personnalité‚ et que chacun s'avoue et se reconnaisse comme l'auteur de tout ce qu'aura fait ou fait faire, quant aux choses qui concernent la paix et la sécurité‚ commune, celui qui a ainsi assumé‚ leur personnalité, que chacun par conséquent soumette sa volonté‚ et son jugement à la volonté‚ et au jugement de cet homme ou de cette assemblée. Cela va plus loin que le consensus, ou concorde: il s'agit d'une unité réelle de tous en une seule et même personne, unité réalisée par une convention de chacun avec chacun passe de telle sorte que c'est comme si chacun disait à chacun: j'autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la même manière. Cela fait, ta multitude ainsi unie en une seule personne est appelée une REPUBLIQUE, en latin CIVITAS. Telle est la génération de ce grand LEVIATHAN, ou plutôt pour en parler avec plus de révérence, de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection.
T. Hobbe, Léviathan, Philosophie politique, Ed. Sirey, 1971.
Saturday, 4 April 2015
Kant : l'homme est caractérisé par une "insociable sociabilité"
J'entends ici par antagonisme l'insociable sociabilité des hommes,
c'est-à-dire leur penchant à entrer en société, penchant lié toutefois à une
répulsion générale à le faire, qui menace constamment de dissoudre cette
société. Une telle disposition est très manifeste dans la nature humaine.
L'homme possède une inclination à s'associer parce que, dans un tel état, il se
sent davantage homme, c'est-à-dire qu'il sent le développement de ses
dispositions naturelles. Mais il a aussi un grand penchant à se séparer
(s'isoler) : en effet il trouve en même temps en lui ce caractère insociable qui
le pousse à vouloir tout régler à sa guise ; par suite il s'attend à rencontrer
des résistances de tous côtés, de même qu'il se sait lui-même enclin de son côté
à résister aux autres.
Or, c'est cette résistance qui éveille toutes les forces de l'homme, le porte
à vaincre son penchant à la paresse et, sous l'impulsion de l'ambition, de la
soif de dominer ou de la cupidité à se frayer une place parmi ses compagnons
qu'il ne peut souffrir mais dont il ne peut se passer. Or c'est là que
s'effectuent les premiers pas qui conduisent de la rudesse à la culture laquelle
réside à proprement parler dans la valeur sociale de l'homme. C'est alors que se
développent peu à peu tous les talents, que se forme le goût et que, par le
progrès continu des Lumières, commence à s'établir un mode de pensée qui peut,
avec le temps, transformer la grossière disposition au discernement moral en
principe pratique déterminé et, finalement, convertir l'accord pathologiquement
extorqué pour l'établissement d'une société en un tout moral (...)"
Kant Quatrième Proposition. Idée d'une histoire universelle au point de vue
cosmopolitique.1784.
c'est-à-dire leur penchant à entrer en société, penchant lié toutefois à une
répulsion générale à le faire, qui menace constamment de dissoudre cette
société. Une telle disposition est très manifeste dans la nature humaine.
L'homme possède une inclination à s'associer parce que, dans un tel état, il se
sent davantage homme, c'est-à-dire qu'il sent le développement de ses
dispositions naturelles. Mais il a aussi un grand penchant à se séparer
(s'isoler) : en effet il trouve en même temps en lui ce caractère insociable qui
le pousse à vouloir tout régler à sa guise ; par suite il s'attend à rencontrer
des résistances de tous côtés, de même qu'il se sait lui-même enclin de son côté
à résister aux autres.
Or, c'est cette résistance qui éveille toutes les forces de l'homme, le porte
à vaincre son penchant à la paresse et, sous l'impulsion de l'ambition, de la
soif de dominer ou de la cupidité à se frayer une place parmi ses compagnons
qu'il ne peut souffrir mais dont il ne peut se passer. Or c'est là que
s'effectuent les premiers pas qui conduisent de la rudesse à la culture laquelle
réside à proprement parler dans la valeur sociale de l'homme. C'est alors que se
développent peu à peu tous les talents, que se forme le goût et que, par le
progrès continu des Lumières, commence à s'établir un mode de pensée qui peut,
avec le temps, transformer la grossière disposition au discernement moral en
principe pratique déterminé et, finalement, convertir l'accord pathologiquement
extorqué pour l'établissement d'une société en un tout moral (...)"
Kant Quatrième Proposition. Idée d'une histoire universelle au point de vue
cosmopolitique.1784.
Hobbes : A l'état de nature, pas d'ordre mais une guerre perpétuelle
« On constate ici que, aussi longtemps que les hommes vivent sans un
pouvoir commun pour les maintenir tous dans la crainte, ils se trouvent
dans l'état qu'on appelle guerre ; et qu'aussi cela se tient en une
guerre de tous les hommes contre tous les hommes […]. Dans une telle
situation il n'y a pas de place pour une activité humaine; car les
fruits qu'il pourrait récolter, sont incertains: et par conséquent, il
n'y a là aucune économie rurale, aucune navigation, aucune utilisation
des objets de luxe qui doivent être introduits de l'extérieur; pas de
bâtiments commodes; pas de machines, avec lesquelles de plus grands
frets peuvent être déplacés; pas de savoir sur la forme de la terre; pas
d'historiographie ; pas d'inventions humaines; pas de sciences; pas de
société, et le pire, une crainte continuelle et le danger de mort
violente; et l'homme mène une existence solitaire, misérable, difficile,
sauvage et brève. »
Hobbes. Leviathan. Leviathan (1651), première partie, chapitre 13, §621
Hobbes. Leviathan. Leviathan (1651), première partie, chapitre 13, §621
Aristote : l'homme est un animal politique
« La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement, et (...)
l'homme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans cité,
naturellement et non par suite des circonstances, est ou un être dégradé ou
au-dessus de l'humanité. Il est comparable à l'homme traité ignominieusement par
Homère de : Sans famille, sans loi, sans foyer, car, en même temps que
naturellement apatride, il est aussi un brandon de discorde, et on peut le
comparer à une pièce isolée au jeu de trictrac.
Mais que l'homme soit un animal politique à un plus haut degré qu'une abeille
quelconque ou tout autre animal vivant à l'état grégaire, cela est évident. La
nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; et l'homme seul de tous les
animaux, possède la parole. Or, tandis que la voix ne sert qu'à indiquer la joie
et la peine, et appartient aux animaux également (car leur nature va jusqu'à
éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns
aux autres), le discours sert à exprimer l'utile et le nuisible, et, par suite
aussi, le juste et l'injuste ; car c'est le caractère propre à l'homme par
rapport aux autres animaux, d'être le seul à avoir le sentiment du bien et du
mal, du juste et de l'injuste, et des autres notions morales, et c'est la
communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité ».ARISTOTE. (330 av. J-C.) La Politique. I, 2.
Machiavel : Le Prince peut mentir et ne pas tenir sa promesse.
Chapitre XVIII Comment les princes doivent tenir leur parole.
Chacun comprend combien il est louable pour un prince d'être fidèle à sa parole et d'agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l'emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. On peut combattre de deux manières: ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l'homme, la seconde est celle des bêtes; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l'autre: il faut donc qu'un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C'est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu'Achille et plusieurs autres héros de l'Antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu'il les nourrît et les élevât. Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu'un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l'une a besoin d'être soutenue par l'autre. Le prince, devant donc agir en bête, tâchera d'être tout à la fois renard et lion: car, s'il n'est que lion, il n'apercevra point les pièges; s'il n'est que renard, il ne se défendra point contre les loups; et il a également besoin d'être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s'en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles. Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l'ont déterminé à promettre n'existent plus: tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien; mais comme ils sont méchants, et qu'assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous tenir la vôtre? Et d'ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l'inexécution de ce qu'il a promis? À ce propos on peut citer une infinité d'exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d'accords de toute espèce devenus vains et inutiles par l'infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré. Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c'est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l'art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveuglés, si entraînés par le besoin du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper. Parmi les exemples récents, il en est un que je ne veux point passer sous silence. Alexandre VI ne fit jamais que tromper; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l'occasion et le moyen. Il n'y eut jamais d'homme qui affirmât une chose avec plus d'assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule: ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu'il en connaissait parfaitement l'art.
Chacun comprend combien il est louable pour un prince d'être fidèle à sa parole et d'agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l'emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. On peut combattre de deux manières: ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l'homme, la seconde est celle des bêtes; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l'autre: il faut donc qu'un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C'est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu'Achille et plusieurs autres héros de l'Antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu'il les nourrît et les élevât. Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu'un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l'une a besoin d'être soutenue par l'autre. Le prince, devant donc agir en bête, tâchera d'être tout à la fois renard et lion: car, s'il n'est que lion, il n'apercevra point les pièges; s'il n'est que renard, il ne se défendra point contre les loups; et il a également besoin d'être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s'en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles. Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l'ont déterminé à promettre n'existent plus: tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien; mais comme ils sont méchants, et qu'assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous tenir la vôtre? Et d'ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l'inexécution de ce qu'il a promis? À ce propos on peut citer une infinité d'exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d'accords de toute espèce devenus vains et inutiles par l'infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré. Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c'est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l'art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveuglés, si entraînés par le besoin du moment, qu'un trompeur trouve toujours quelqu'un qui se laisse tromper. Parmi les exemples récents, il en est un que je ne veux point passer sous silence. Alexandre VI ne fit jamais que tromper; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l'occasion et le moyen. Il n'y eut jamais d'homme qui affirmât une chose avec plus d'assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule: ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu'il en connaissait parfaitement l'art.
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