Friday, 2 September 2016

Maurice Merleau-Ponty : la nature est l'autoproduction d'un sens



« En grec, le mot « Nature » vient du verbe « Phuo » qui fait allusion au végétal ; le mot latin vient de nascor, naitre, vivre ; il est prélevé sur le premier sens, plus fondamental. Il y a nature partout ou il y a une vie qui a un sens, mais où cependant, il n’y a pas de pensée ; d’où la parenté avec le végétal : est nature ce qui a un sens, sans que ce sens ait été posé par la pensée. C’est l’autoproduction d’un sens. La Nature est donc différente d’une simple chose ; elle a un intérieur, se détermine du dedans ; d’où l’opposition de « naturel » à « accidentel ». Et cependant la Nature est différente de l’homme. Elle n’est pas instituée par lui, elle s’oppose à la coutume, au discours.
Est Nature le primordial, c‘est-à-dire le non-construit, le non-institué ; d’où l’idée d’une Eternité de la Nature (éternel retour), d’une solidité. La Nature est un objet énigmatique, un objet qui n’est pas tout à fait objet ; elle n’est pas tout à fait devant nous. Elle est notre sol, non pas ce qui est devant, mais ce qui nous porte.

Maurice Merleau-Ponty, La Nature, Cours du Collège de France.

Thursday, 1 September 2016

Hegel : L'homme moral selon Socrate est conscient de son action



. Avec Socrate, au début de la guerre du Péloponnèse, le principe de l'intériorité, l'indépendance absolue de la pensée en soi, est parvenu à s'exprimer librement. Il enseignait que l'homme devait trouver et reconnaître en lui-même ce qui est juste et bien et que par sa nature ce juste et ce bien est universel. Socrate est célèbre comme maître de morale ; mais bien plus, il a inventé la morale. Les Grecs ont eu de la moralité, mais les vertus, les devoirs moraux, voilà ce que voulait leur enseigner Socrate. L'homme moral n'est pas celui qui veut et qui fait le bien, ce n'est pas seulement l'homme innocent, mais celui qui a conscience de son action. En appelant Sagesse la conviction qui détermine l'homme à agir, Socrate a attribué au sujet, à l'encontre de la patrie et de la coutume, la décision finale, se faisant ainsi oracle, au sens grec. Il disait qu'il avait en lui un "daimon" qui lui conseillait ce qu'il devait faire et qui lui révélait ce qui était utile à ses amis. Le monde intérieur de la subjectivité en paraissant a provoqué la rupture avec la réalité. Si Socrate lui-même, il est vrai, accomplissait encore ses devoirs de citoyen, la vraie patrie pour lui n'était pas cet État actuellement existant et la religion de celui-ci, mais le monde de la pensée. Alors fut soulevée la question de l'existence des dieux et de leur nature.           

 HEGEL Leçons sur la philosophie de l’histoire

Thursday, 19 May 2016

Aristote : il faut se méfier de la chrématistique, échange malsain.


" A un certain point de vue, il apparaît que toute richesse a nécessairement une limite, et pourtant, d'un autre côté, l'expérience de chaque jour nous montre que c'est le contraire qui a lieu : car tous les trafiquants accroissent indéfiniment leur réserve monétaire. [...] La raison de cette attitude, c'est qu'ils s'appliquent uniquement à vivre, et non à bien vivre, et comme l'appétit de vivre est illimité, ils désirent des moyens de la satisfaire également illimitées. Et même ceux qui s'efforcent de bien vivre recherchent les moyens de se livrer aux jouissances corporelles, de sorte que, comme ces moyens paraissent aussi consister dans la possession de la richesse, tout leur temps se passe à amasser de l'argent, et c'est ainsi qu'on en est arrivé à la seconde forme de la chrématistique. Toute jouissance, en effet, résidant dans un excès, ils se mettent en quête de l'art capable de produire cet excès dans la jouissance, et s'ils sont incapables de se le procurer par le jeu ordinaire de la chrématistique, ils tentent d'y parvenir par d'autres moyens, employant toutes leurs facultés d'une façon que réprouve la nature. Le rôle du courage n'est pas, en effet, de gagner de l'argent, mais de donner de la résolution ; pas davantage ce n'est le rôle de l'art stratégique ou de l'art médical, mais ces arts doivent nous apporter victoire ou santé. Cependant on fait de toutes ces activités une affaire d'argent, dans l'idée que gagner de l'argent est leur fin et que tout doit conspirer pour atteindre ce but. "

Aristode, La Politique.