Saturday, 9 September 2017

Pour le 22 septembre, DM1, questions portant sur un extrait






Le plus souvent on confond avec l'attention une espèce d'effort musculaire. Cette espèce d'effort musculaire dans l'étude est tout à fait stérile, même accompli avec bonne intention (...). La volonté, celle qui au besoin fait serrer les dents et supporter la souffrance, est l'arme principale de l'apprenti dans le travail manuel. Mais contrairement à ce que l'on croit d'ordinaire, elle n'a presque aucune place dans l'étude.
L'intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu'il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L'intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d'apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. L'attention est un effort, le plus grand des efforts peut-être, mais c'est un effort négatif L'attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l'objet, à maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances qu'on est forcé d'utiliser. La pensée doit être, à toutes les pensées particulières et déjà formées, comme un homme sur une montagne qui, regardant devant lui, aperçoit en même temps sous lui, mais sans les regarder, beaucoup de forêts et de plaines. Et surtout la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l'objet qui va y pénétrer.
Tous dans les versions, toutes les absurdités dans la solution des problèmes de géométrie, toutes les gaucheries de style et toutes les défectuosités de l'enchaînement des idées dans les devoirs de français, tout cela vient de ce que la pensée s'est précipitée hâtivement sur quelque chose et, étant ainsi prématurément remplie, n'a plus été disponible pour la vérité. La cause est toujours qu'on a voulu être actif ; on a voulu chercher. On peut vérifier cela à chaque fois, pour chaque faute, si l'on remonte à la racine (...).
Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. La plénitude de l'amour du prochain, c'est simplement d'être capable de lui demander : « Quel est ton tourment ? » (...) Pour cela il est suffisant, mais indispensable, de savoir poser sur lui un certain regard. Ce regard est d'abord un regard attentif, où l'âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l'être qu'elle regarde tel qu'il est, dans toute sa vérité.
Seul en est capable celui qui est capable d'attention. Ainsi il est vrai, quoique paradoxal, qu'une version latine, un problème de géométrie, même si on les a manqués, pourvu seulement qu'on leur ait accordé l'espèce d'effort qui convient, peuvent rendre mieux capable un jour, plus tard, si l'occasion s'en présente, de porter à un malheureux (...) exactement le secours susceptible de le sauver.

SIMONE WEIL, Attente de Dieu, Librairie A. Fayard, 1966.
Questions :
1 • Dégagez les articulations du texte.
2 • Expliquez : « L'attention est un effort... mais c'est un effort négatif »
3 • Croyez-vous comme S. Weil que la volonté telle qu'elle s'exerce dans le travail manuel « n'a presque aucune place dans l'étude » (l. 6) ?
4 • Montrez que l'attention est ici une sorte d'attente. Quels sont les caractères spécifiques de cette attente ?
5 • En quoi cette thèse vous semble-t-elle paradoxale ? Êtes-vous d'accord avec l'auteur ? Dites pourquoi.

Tuesday, 5 September 2017

Les plantes percoivent-elles le monde ?




Plants are often thought of as inanimate objects, not living beings. In the past, those who have suggested that plants have senses, thoughts, and feelings have been labeled as hippies, tree-huggers, and crazies. But new science is now revealing that plants are very aware and even have ways of communicating.

Plants are actually “complex organisms that live rich, sensual lives” according to Daniel Chamovitz, director of the Manna Center for Plant Biosciences at Tel Aviv University. We’ve known for years that plants can sense light, because they grow toward the sun and artificial light. They can also smell chemicals released by other plants, triggering specific reactions in the plant. Plants can sense gravity, and can even hear. In an experiment, researchers played the sound of a caterpillar munching on leaves to plants and the plants started releasing defensive chemicals based on the sound alone. Research has shown that plants can form memories, and they can even react to human anesthetics.

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So it’s clear that plants can sense the world around them, process that information and react accordingly, much like animals. But is this consciousness? To scientists, it’s yet not clear. But for indigenous cultures, shamans, and those of us who have ever truly felt the energy of a forest, we know there is far more to plants than meets the eye.
Despite the fact that science is finally recognizing plants as sensual beings, the dominant attitude toward plants still assumes a lack of feeling and awareness. Our ethics of plant life has not caught up with this new information. This is evident in the continued deforestation of the world’s most biodiverse ecosystems like the Amazon rainforest, and our willingness to play around with plant DNA in the lab.

(Source : https://www.pachamama.org/blog/do-plants-have-consciousness )

Aristote : La perception de l'animal provient de la présence en lui d'une âme sensitive



[...] Des facultés de l'âme, celles dont nous avons parlé appartiennent toutes à certains êtres, ainsi que nous l'avons dit ; d'autres êtres n'en possèdent que quelques-unes, d'autres enfin une seule. Les facultés que nous avons énumérées sont les facultés nutritive, désirante, sensitive, locomotrice et dianoétique  . — Les plantes ne possèdent que la faculté nutritive ; d'autres êtres possèdent celle-ci et, en outre, la faculté sensitive ; et, s'ils possèdent la faculté sensitive, ils possèdent aussi la faculté désirante, car sont du désir l'appétit, le courage et la volonté  ; or les animaux possèdent tous, au moins l'un des sens, savoir le toucher, et là où il y a sensation, il y a aussi plaisir et douleur, et ce qui cause la plaisir et la douleur ; et les êtres qui possèdent ces états ont aussi l'appétit, car l'appétit est le désir de l'agréable. [...]. Quant à savoir s'ils possèdent l'imagination, la question est douteuse et elle sera à examiner plus tard. — A certains animaux appartient en outre la faculté de locomotion, d'autres ont encore la faculté dianoétique et l'intellect, par exemple l'homme et tout autre être vivant, s'il en existe, qui soit d'une autre nature semblable ou supérieure.

      [...] Par conséquent, pour chaque classe d'êtres, il faut rechercher quelle espèce d'âme lui appartient, quelle est, par exemple, l'âme de la plante, et celle de l'homme ou celle de l'animal. — Mais par quelle raison expliquer une consécution  de ce genre dans les âmes : c'est ce qu'il faudra examiner. Sans l'âme nutritive, en effet, il n'y a pas d'âme sensitive, tandis que, chez les plantes, l'âme nutritive existe séparément de l'âme sensitive. De même encore, sans le toucher, aucun autre sens n'existe, tandis que le toucher existe sans les autres sens, car beaucoup d'animaux ne possèdent ni la vue, ni l'ouïe, ni la sensation de l'odeur. En outre, parmi les êtres sentants, les uns possèdent la faculté de locomotion, et les autres ne l'ont pas. En dernier lieu, certains animaux, et c'est le petit nombre, possèdent le raisonnement et la pensée, car ceux des êtres corruptibles  qui sont doués du raisonnement ont aussi les autres facultés, tandis que ceux qui possèdent l'une quelconque de ces dernières ne possèdent pas tous le raisonnement : au contraire, certains n'ont même pas l'imagination, d'autres vivent seulement par elle. Quant à ce qui concerne l'esprit théorétique, c'est une autre question.
ARISTOTE
De l'Ame, II, 3, 414a-415a
tr. fr. Tricot, éd. Vrin

Sunday, 4 December 2016

Kant : nous sommes cultivés et civilisés mais nous ne pouvons nous considérer comme moralisés





"Wir sind im hohen Grade durch Kunst und Wissenschaft cultivirt. Wir sind civilisirt bis zum Überlästigen zu allerlei gesellschaftlicher Artigkeit und Anständigkeit. Aber uns schon für moralisirt zu halten, daran fehlt noch sehr viel. Denn die Idee der Moralität gehört noch zur Cultur; der Gebrauch dieser Idee aber, welcher nur auf das Sittenähnliche in der Ehrliebe und der äußeren Anständigkeit hinausläuft, macht blos die Civilisirung aus."

Immanuel Kant

Idee zu einer allgemeinen Geschichte in weltbürgerlicher Absicht


Sunday, 16 October 2016

Platon : il existe deux formes de désirs en nous





«  Il faut par ailleurs réfléchir qu’en chacun de nous il existe deux formes de principes et de motifs d’action que nous suivons où ils peuvent bien nous mener, l’un qui est inné est le désir des plaisirs ; l’autre qui est une façon de voir acquise, aspire au meilleur. Or ces deux tendances sont en nous parfois concordantes, mais il arrive aussi qu’elles soient en lutte, et c’est parfois celle-ci qui domine, mais d’autres fois c’est celle-là. Cela posé, quand c’est une façon de voir qui par la raison, conduit vers le meilleur et qu’elle domine, cette domination s’appelle tempérance, quand c’est le désir qui, déraisonnablement entraine aux plaisirs et gouverne en nous, voilà le gouvernement auquel on a donné le nom de démesure ».

Platon, Phèdre, 237d